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11/03/06 - L'Arabie Saoudite regarde à l'Est : (II) La tentation
nucléaire - par Jean-Philippe Miginiac
En Janvier
dernier, le Ministre saoudien des Affaires Etrangères, le Prince Saud
al-Faisal, pressait l’Iran " d’accepter la position que
nous avons prise de faire du Golfe… [une région] libre du
nucléaire et libre d’armes de destruction massive ",
ajoutant immédiatement : " nous espérons qu’ils nous
rejoindront dans cette politique et assureront qu’aucune nouvelle
menace de course aux armements ne se produira dans cette région ".
Le Prince blâmait aussi la duplicité de l’Ouest, " personne
ne mentionne qu’Israël a 100 armes nucléaires en stock ",
et assurait cependant que, même si l’Iran devait acquérir une
capacité nucléaire militaire, l’Arabie Saoudite n’avait, elle,
aucune intention de développer une capacité de dissuasion. Plus
récemment, d’autres officiels saoudiens s’exprimaient dans le même
sens, traduisant en fait la grande inquiétude de l’Arabie Saoudite à
voir l’Iran progresser vers la capacité nucléaire militaire au moment
même où l’influence chiite et iranienne s’impose en Irak, pays qui
auparavant faisait tampon entre le royaume et l’Iran, et risque de
pénétrer encore plus les communautés chiites d’Arabie Saoudite et des
autres états du Golfe.
La révolution islamiste iranienne avait encouragé, en 1979, tous les
chiites du Golfe à renverser leurs dirigeants " corrompus ",
et de violentes émeutes s’en étaient suivies parmi la communauté
chiite d’Arabie Saoudite. Celle-ci, estimée entre 1 et 2 millions de
personnes parmi 16 millions de saoudiens, est installée au cœur même de
la province pétrolière du Hassa qui court sur
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550
kilomètres le long du golfe Persique, à l’est des déserts d’Al-Dahna
et d’Al-Sulb, et le Hassa est principale source de la richesse
du royaume et son cœur économique. Pour les chiites du royaume,
la difficulté de se sentir aujourd’hui " saoudites "
est d’autant plus marquée qu’ils sont encore discriminés et
tenus à l’écart de la fonction publique, malgré les promesses
des Rois Fahd et Abdallah à réévaluer leurs droits, et que leur
religion est toujours considérée comme une hérésie par les
autorités sunnites. Si la guerre intérieure contre Al Qaeda a
offert au royaume une chance de combattre le sectarisme en
rapprochant, dans l’appel aux réformes, la part non-violente et
libérale des deux Islam, la guerre en Irak a poussé dans une
direction opposée. Encouragés par l’exemple des chiites
irakiens, nombre de chiites saoudiens tentent d’aller plus loin
dans la revendication de leurs droits au moment même ou la
dominance chiite en Irak accroît et renforce l’inquiétude et
la suspicion des sunnites saoudiens. Au cœur même du royaume, le
retour en Arabie Saoudite de plusieurs centaines de combattants
mujahedin sunnites, partis combattre américains et chiites d’Irak,
pourrait bien ouvrir une véritable guerre intérieure contre les
chiites.
Le 28 Février dernier, dans un accès inhabituel de franchise
devant le Senate Armed Services Committee, John Negroponte,
le " grand patron " du renseignement
américain, s’inquiétait de voir l’Arabie Saoudite et la
Jordanie venir soutenir les factions sunnites d’Irak contre la
dominance chiite soutenue par l’Iran. En Septembre dernier, le
Ministre saoudien des Affaires Etrangères, le Prince Saud
al-Faisal, avait pourtant averti l’administration américaine :
" la principale crainte de tous les voisins est que
la potentielle désintégration de l’Irak en des états sunnite,
chiite et kurde pourrait entraîner les autres pays de la région
dans le conflit… C’est une très dangereuse situation, une
très menaçante situation ". Avant même l’invasion
américaine en Irak, Amr Moussa, le secrétaire général de la
Ligue Arabe avait déjà prévenu que la guerre pourrait
" ouvrir les portes de l’enfer ".
Trois ans après, dans le chaos de l’aventure irakienne de l’administration
Bush, les états sunnites de la région ne peuvent que constater
que la guerre et le maelström intérieur irakien ont aidé l’Iran
chiite à accroître son influence régionale menaçant de plus en
plus la sécurité intérieure de ceux, Arabie Saoudite, Oman,
Bahrain, Liban, Yémen, Koweït, Syrie, Emirats Arabes Unis, qui
abritent une minorité chiite. Pour l’Arabie Saoudite, la
puissance potentiellement nucléaire de l’Iran projette en outre
une ombre sur ses intérêts de puissance majeure du monde
musulman sunnite et sur ses intérêts de puissance régionale au
Moyen Orient.
Au même moment, l’Arabie Saoudite ne peut éluder les
scénarios qui verraient sa relation avec les Etats-Unis se
dégrader à un point tel que le parapluie américain se
transforme en absence totale de protection, voire en menace
directe. Qu’arriverait-il, en effet, si un nouvel attentat
terroriste frappait les Etats-Unis, perpétué de nouveau par des
nationaux saoudiens ? Comment le royaume saoudien pourrait-il
oublier, d’ailleurs, les voix des milieux néo-conservateurs
américains qui appelaient à faire de l’Arabie Saoudite la
prochaine cible américaine, après l’Irak…
En ce même mois de Janvier 2006, alors que le Roi Abdallah
visitait successivement la Chine, l’Inde, la Malaisie et le
Pakistan, la rumeur courait à New Delhi selon laquelle le
souverain saoudien avait demandé assistance à Pékin pour lui
permettre de développer son propre programme nucléaire,
assistance incluant peut-être la fourniture directe d’armes
atomiques…
Jean-Philippe Miginiac is the CEO and
managing editor at Strategic-Road.com.
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