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23/08/06 - Liban : Et maintenant ? - par Jean-Philippe Miginiac
Aucune des
parties n’aura donc, pour le moment du moins, saisi l’opportunité du
cessez-le-feu pour effectuer un premier pas visible vers la recherche d’une
solution politique qui seule pourrait amorcer un règlement du conflit
entre le Hezbollah et Israël, et plus généralement entre les acteurs du
théâtre moyen-oriental.
En acceptant le cessez-le-feu tout en repoussant tout désarmement
immédiat, le Hezbollah s’inscrit dans une reprise des hostilités à
court terme. En prenant ostensiblement de vitesse le gouvernement libanais
(auquel il participe pourtant) dans l’aide aux victimes et les
prémisses d’une reconstruction, il écarte d’emblée toute
souveraineté potentielle de l’Etat libanais sur l’ensemble des
communautés. En accusant ses opposants sunnites, chrétiens et druzes de
" coups de poignard dans le dos " (Al Manar) et
en les menaçant d’une reprise de la guerre civile il leur indique qu’il
entends refuser tout compromis éventuel sur son agenda et sur son
alliance avec la Syrie et l’Iran pour lesquels il entend sans doute
continuer ses affrontements par procuration.
En déployant, avec l’accord du hezbollah et de l’ensemble des
communautés libanaises, ses forces armées au sud-Liban le gouvernement
libanais a accompli un premier geste politique fort vers la recherche d’un
consensus politique. En prévenant qu’il considèrerait comme trahison
toute rupture du cessez-le-feu par le Hezbollah tout en modérant les
critiques à son égard, il tente d’apparaître comme le ciment de l’unité
et de la souveraineté nationale.
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Mais,
impuissance politique et militaire déjà affirmée, il fait
immédiatement savoir par de multiples canaux qu’il n’est pas
dans l’intention de l’armée libanaise déployée au sud-Liban
de désarmer la milice chiite (qui s’empresse de demander à l’armée
libanaise de se tenir " aux côtés de la résistance ").
Qui donc désarmera le Hezbollah puisque la force internationale
prévue par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des
Nations Unies n’a pas pour mandat d’effectuer cette mission
mais celle d’aider l’armée libanaise à l’accomplir ?
le Secrétaire général de l’ONU a rappelé que " la
FINUL renforcée ne fera la guerre à aucune des parties. Elle
n'est pas censée obtenir par la force ce qui doit être réalisé
par la négociation et par un consensus interne libanais. Elle ne
pourra pas non plus se substituer à un processus politique ".
Processus politique ? Israël et les Etats-Unis auront tout
fait pour prolonger la guerre avant de réaliser, sans l’admettre,
que l’armée israélienne se révélait incapable de vaincre
militairement la guérilla asymétrique du Hezbollah, sauf à
multiplier les victimes civiles libanaises et les pertes
israéliennes. Israël et les Etats-Unis auront tout fait pour,
avant même le cessez-le-feu, qu’une force internationale
constituée à la hâte, de préférence sous mandat " robuste "
de l’OTAN, se trouve prise au piège d’un sud-Liban non
pacifié et d’un affrontement forcé avec le Hezbollah. Depuis
le cessez-le-feu, aucun signe n’a encore émergé, côté
israélien ou américain, qui puisse amorcer ne serait-ce que l’esquisse
d’un règlement diplomatique des contentieux israélo-libanais
et plus généralement moyen-orientaux et favoriser un tant soit
peu la naissance d’un processus politique de fin des
confrontations. Seule semble compter l’arrivée dans l’urgence
de cette force à même de désarmer le Hezbollah, ou peut être
de l’empêcher de réagir au cas où ?
Processus politique ? La prudence française à s’engager
en masse dans la force internationale destinée, aux termes de la
résolution 1701, à renforcer la FINUL au sud-Liban fait écho
aux propos mêmes que tenait Jacques Chirac au début de la
crise : " C'est au gouvernement libanais de le
faire [le désarmement du Hezbollah]. Ce qui implique qu'il
y ait un accord politique... La France a toujours assumé ses
responsabilités au Liban. Elle se déterminera selon un certain
nombre de conditions. Nous souhaitons avoir un cessez-le-feu, un
engagement politique et une force internationale chargée
d'appliquer, dans des conditions strictement précisées, cette
politique. A ce moment-là, nous verrons ". Le
cessez-le-feu obtenu devant le Conseil de Sécurité ne saurait
donc suffire, dans l’esprit de la France, à justifier et à
garantir les missions et moyens d’engagements d’une force
internationale quelle qu’elle soit.
Il semble probable que la France ait raison et que seul un
processus politique en cours puisse permettre utilement à la
communauté internationale d’intervenir militairement aux
côtés du gouvernement libanais, sauf à prendre le risque que la
FINUL ne serve d’otage dans les prochains affrontements au
Liban, en Syrie ou… Et il est temps que la communauté
internationale sache imposer une priorité de ce processus
politique de même niveau que celle de la mise en place d’une
force internationale chargée de l’accompagner.
Jean-Philippe Miginiac is the CEO and
managing editor at Strategic-Road.com.
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